retour sur les chenilles processionnaires 2017/2018

Les premières manifestations cliniques peuvent apparaître sous cinq heures… ou bien plus vite ! Il peut s’agir de « simples » éruptions cutanées voire de cas plus graves de brûlures ou d’ulcérations qui nécessitent une intervention médicale. Ces histamines peuvent aussi causer des irritations au niveau des voies respiratoires, des cas de détresse respiratoire, ainsi que des irritations des yeux. La gravité de la situation dépend du degré de contamination ainsi que de la sensibilité du sujet.

Sur les animaux domestiques, qui ont tendance à prendre les chenilles dans leur gueule, on voit apparaître des inflammations du système buccal et digestif particulièrement dangereuses (de la simple inflammation à la nécrose). Malheureusement, on peut aussi rencontrer cette inflammation chez les jeunes enfants qui portent à leur bouche une chenille ou des objets contaminés… Car si le contact direct avec la chenille est dangereux, le contact indirect par un objet contaminé ou une herbe souillée l’est tout autant.

Et l’arbre, que risque-t-il face aux chenilles processionnaires ?

Pour se nourrir, les chenilles processionnaires dévorent les aiguilles de pins et de conifères. Lorsque les arbres sont partiellement défoliés, ils rencontrent un affaiblissement, une perte de croissance… Lorsque la défoliation est totale et répétée, les arbres peuvent mourir, attaqués par des insectes profitant de leur état de faiblesse.

À quelle période de l’année les chenilles entrent-elles en action ?

En France, la période se situe généralement entre février et mars. Cependant, la chenille processionnaire est très sensible aux variations de climat et au réchauffement climatique ! Elle est d’ailleurs considérée et utilisée comme biomarqueur dans ce domaine. Depuis les cinq dernières années, on voit ainsi apparaître un développement précoce dans certaines régions où la chenille peut entrer en procession dès le mois d’octobre et ce jusque fin mai.

La période à risque, qui s’étalait auparavant sur deux mois, peut aujourd’hui s’étendre à six mois par an dans certaines régions. Il faut dire que les chenilles aiment se développer entre 10 °C et 20 °C environ (toutes les températures extrêmes, négatives ou positives, lui sont défavorables). Ainsi, les hivers plus doux favorisent leur survie dans de nombreuses régions : elles se développent plus tôt et sur une plus large partie du territoire. Ces dernières années, la plantation de nombreux pins dans les villes et leurs alentours permet aussi une progression plus facile.

Comment faire reculer la chenille processionnaire ? Quelles sont les traitements biologiques pour l’éliminer ?

L’idéal est de combiner plusieurs protocoles de lutte, car la chenille passe par plusieurs stades d’évolution et toutes les méthodes ne sont pas toujours aussi efficaces. De plus, elle est active la nuit et reste dans son nid la journée, ce qui la rend moins sensible à certains prédateurs (tels que la huppe, les guêpes, les mouches, etc.). Heureusement, il existe différents protocoles et notamment des solutions biologiques.

  • La pulvérisation de la bactérie Bacillus thuringiensis

Le Bacillus thuringiensis, néfaste aux larves, était d’abord pulvérisé par voies aériennes sur les grandes surfaces et les espaces boisés pour créer rapidement une large couverture bactériologique… Mais, depuis quelques années, ces pulvérisations ne sont quasi plus autorisées. Seuls les canons atomiseurs le sont, depuis le sol. Pour couvrir des zones importantes, il faut donc plus de temps et de moyens, ce qui rend la tâche plus complexe. Si elle est bien menée, cette méthode permet de réduire la présence des chenilles de 80 %… mais elle nécessite un certain savoir-faire !

  • L’échenillage

Il s’agit d’une pratique historique, une méthode radicale qui consiste à couper les nids avec un sécateur, dans les arbres ou avec une perche. Malheureusement, ces nids sont souvent placés haut dans les arbres… ce qui ne facilite pas la tâche ! L’échenillage nécessite un savoir-faire spécifique et un équipement intégral.

  • Le collier Ecopiège®

Le collier Ecopiège® est un leurre : il s’agit d’une barrière physique qui va arrêter les chenilles au moment de la procession, c’est-à-dire lorsqu’elles descendent de leur nid pour aller vers le sol, s’enfouir et devenir chrysalide… C’est le moment où les contacts avec les humains et les animaux sont les plus fréquents.

Le collier, accroché à l’arbre, est doté d’un sac rempli de terre, substrat nécessaire à l’enfouissement des chenilles. Ces dernières, pensant arriver à la terre, vont s’enfouir et débuter le processus de chrysalide. Il suffit alors de retirer le sac – totalement étanche aux poils – sans l’ouvrir, puis de l’incinérer. Ce sac permet d’empêcher l’urtication causée par les chenilles et de détruire les colonies. Le taux de réussite est de 97 %. Qui plus est, le collier ne bouleverse en rien l’environnement puisque les prédateurs peuvent se servir directement dans ce « garde-manger ». L’efficacité se combine parfaitement à l’écologie !

  • Les pièges à phéromones ou les tirs de phéromones

On les utilise lorsque les chenilles sont au stade de papillons, quand les accouplements ont lieu. Des effluves qui reproduisent de façon synthétique les odeurs sexuelles des femelles papillons sont diffusés et les mâles sont ainsi détournés. Ils entrent dans le piège et ne peuvent plus en sortir… Pas de reproduction, pas de chenille. Avec un tel système, on arrive à 40 % de réduction des populations. Les tirs, quant à eux, sont tout récents : il s’agit de tirer avec un lanceur de paintball des balles qui contiennent des phéromones. La diffusion est plus rapide et demande moins de main-d’œuvre.

Enfin, il est possible d’installer des nichoirs à mésange et des gîtes à chauve-souris, deux prédateurs importants. C’est une méthode naturelle qui met à profit la biodiversité. Les chercheurs préconisent également de planter des feuillus en lisière de forêt pour masquer la silhouette des conifères et tromper le papillon par des odeurs répulsives.

Personne ne peut prétendre à une éradication totale… Mais associer ces méthodes de lutte permet d’éliminer et de contenir de façon biologique cet insecte invasif et difficile à maîtriser

 

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